mardi 18 juin 2013

L’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg et son directeur musical Youri Temirkanov magistraux dans un programme rebattu

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, lundi 17 juin 2013

Youri Temirkanov. Photo : DR

Depuis l’ère Ievgueni Mravinski, l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg (ex-Orchestre Philharmonique de Leningrad) est considéré comme l’une des formations symphoniques les plus prestigieuses au monde. Cela à juste titre. Le concert donné hier au Théâtre des Champs-Elysées, dont il est tous les ans l’invité, l’a confirmé une fois de plus. Tant et si bien qu’il est toujours indéniable que, malgré les progrès impressionnants de l’Orchestre du Théâtre Mariinsky sous l’impulsion de son énergique patron Valery Gergiev, il demeure, sous l’influence de son directeur musical depuis 1988 Youri Temirkanov, l’orchestre russe référent.

L'Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg dans sa célèbre salle de la Philharmonie

C’est pourquoi l'on ne peut que regretter ici que le programme ait été par trop convenu, malgré son unité fondée sur l’idée de musique russe inspirée par l’Orient autour de la personnalité de Nikolaï Rimski-Korsakov, dont une œuvre concluait le programme précédée de pages de l’un de ses compagnons du Groupe des Cinq ainsi que de son élève le plus célèbre. Pourquoi cet orchestre magnifique n’a-t-il pas donné en première partie l’intégrale du ballet d’Igor Stravinski l’Oiseau de feu de 1910, qui fut créé à l’Opéra de Paris, plutôt que la suite d’orchestre de 1919 à laquelle il a associé le bruyant marronnier que constituent les Danses polovtsiennes d’Alexandre Borodine ?... Surtout lorsque l’on entend les beautés qui émanent de l’orchestre entier et des pépites sonores qu’exaltent tous les solistes, sans exception. Certes, dans ces interprétations foudroyantes, la fusion s’avère aussi un modèle de perfection et d’homogénéité, quel que soit le nuancier, et le spectateur reste scotché sur son siège par la magie des timbres et des résonances qui naît de l’ensemble. Tant et si bien que l’on reste plus encore sur sa faim, tant l’on regrette que ces remarquables musiciens aient préféré impressionner le public plutôt que de lui offrir une véritable narration…

Lev Klychkov, premier violon de l'Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg. Photo : DR

L’œuvre discursive était proposée en seconde partie de concert. Il s’est agi de Shéhérazade, suite symphonique op. 35 de Nikolaï Rimski-Korsakov. Une partition elle aussi archi-rabâchée, mais qui met en évidence le premier violon solo, remarquable Lev Klychkov, à la carrure impressionnante, d'une tenue magistrale dans le rôle capital qu'est le sien dans ce grand poème symphonique avec violon obligé. Comme à l’époque soviétique, l’orchestre pétersbourgeois est clairement une entité humaine à part entière dont les musiciens ne sont que les membres et l’âme, et doivent de ce fait rester dans l’anonymat, malgré la place conséquente accordée aux pupitres solistes dans la partition de l’excellent orchestrateur qu’est Rimski-Korsakov. Il est vrai que tous lesdits solistes seraient à citer, tant ils ont brillé tout en se fondant à la masse de l’orchestre dont ils ne font en fait que souligner les sortilèges.

Devant l’enthousiasme du public, dont une partie hurlait comme s’il s’agissait d’une « claque », l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg a donné deux courts bis, un extrait de Roméo et Juliette de Serge Prokofiev et un second tiré de l’Histoire du soldat de Stravinski - dommage que le contrebassiste solo reste dans l'anonymat… 

Bruno Serrou

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